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patch1.2 mutantisme (collectif)

Le volume est une mise à jour, une modification ou extension du code source : Manifeste mutantiste 1.0 et de son « logiciel » 1.1

Les mutantistes sont partout, et forment, selon Nikola Akileus, un agrégat.

 

L’agrégat mutantiste est une force de potentialités. Chacune de ses cellules travaille à la mise en œuvre d’une puissance, à l’accroissement exponentiel d’une somme potentielle de lucidités, d’un corpus de singularités.

Cependant, ce collectif s’affirme être un ensemble sensible et anticapitaliste de ressources humaines au sens où la plupart de ses actions sont menées anonymement, et ne s’inscrivent jamais dans une recherche de notoriété ou de profit.

Les mutantistes ne désignent pas le réel, mais font montre de facultés d’adaptation issues d’un savoir transversal permettant de le faire surgir dans toute son épaisseur ou sa part gazeuse en interférant poélitiquement dans le champ social et en tous lieux.

En passant outre ou en détournant les fonctionnements parodiques de notre société du spectacle et de ses fictions, leurs actions ou propositions intuitives (et elles sont nombreuses et concrètes dans ce nouveau Patch 1.2) consistent à questionner ou à révulser l’asphyxie cérébrale des masses.

Une cible (parmi d’autres) du mutantisme: l’affaiblissement morbide du dire de la création artistique dans sa relation avec le réel. 

L’audace, l’imagination, la capacité de s’émouvoir — d’entrer en mouvement — , et la désappropriation, sont les conditions qui garantissent l’efficience d’une pratique anticonformiste dont ces poètes font preuve, opérant donc de préférence dehors, dans la rue, un supermarché etc.

Pour ces réfractaires à la compétition, à la dictature des Marchés, et au virtuel aliénant, l’existence est naturellement liée au rêve comme à l’acte vital, au corporel, à l’expérience, et à l’exploration mentale.

Ce sont le plus souvent des objecteurs de croissance, des danseurs-lutteurs mus par un ravissement commun constellé de veilleurs solitaires.

Accordant paradoxalement à la pensée l’importance qu’ils réfutent parfois aux mots, ils défendent l’idée d’une autre manière de créer et de vivre ensemble, ouvrant des perspectives sociales, littéraires ou artistiques totalement novatrices.

Véritable concentré de créations et de pratiques singulières, que personnellement je perçois comme une zone subtile d’inscription spatiale paginée, ce Patch 1.2 — leur troisième codex poétique en somme   semble être adressé à quiconque souhaitera en divulguer la  philosophie, et surtout à tous ceux qui voudront s’inspirer des procédés de résistance (machines) qui y sont présentés, en disséminant, réactivant, réinventant, amplifiant l’écologie dialectique de cet agir affectif qui les sous-tend.

En faisant sécession de toute idée préconçue, ces insoumis au prêt-à-penser œuvrent dans l’errance, dans la profondeur des instants et la vibration des lieux, embrassant simplement l’espace et chantant obscurément la source de ce qui ne se pense et ne s’achève, l’immensité que ne soutient nulle architecture visible ; ce qui ne se pense et ne cesse mais dissout les chimères du temps et de la matière.

Nomadisme et sensitivité – zone de sensibilité – l’Entre – l’émotion – amour – perceptions – jeu – asile – multiprocessing etc., sont autant de lieux-ruches où pour ces activistes toute commémoration disparaît, où la nuit et le soleil redeviennent neufs, d’une sauvagerie, d’une innocence que toute durée admet.

Étendue, tempi, nuances et hauteurs des timbres d’un champ/chant d’énergie électromagnétique, les connexions s’y opèrent organiquement en grappes de cerveaux, les corps et le vide alors interpénétrés.

Vers et depuis ce chant, les droites et les courbes d’un pur désert.

Ce chant appartient au ciel comme au désert.

L’ivre de rêve, l’être empêtré, est pourtant et toujours bien là, cadenassé vertébral, de traviole, pris dans la chair et les mots.

Mais c’est justement lorsque l’homme est pris par le ventre, les yeux et la bouche, que l’odeur du plein-vide lui tient lieu de devenir.

C’est ainsi que la fin est commencée, et c’est par là que ça commence.

Il faut donc saluer le courage et l’impertinence de ces étonnants Mutants « fauteurs de clartés » qui orgueilleusement, mais aussi très ironiquement, s’entêtent à rouvrir le récit collectif par le ventre.

Afin que le corps et l’esprit poursuivent un récit singulier, mutuel et croisé dont la mémoire est plus vieille que le mythe lui-même, et dans lequel sont étroitement liés distance, surface et profondeur, symboles et concepts, et où les mots renvoient à une multiplicité complexe des représentations, et non à un inventaire des genres ou des morales, il faut bien en effet que —de temps à autre — quelques insatisfaits, même très confidentiels, soient capables d’avancer, sans chef (au sens de Bataille) et clandestinement s’il le faut dans leur propre récit, pour s’en remettre à la disposition du rêve comme du réel.

Il est une parole d’avant la parole, elle regarde la terre, profère sa couleur depuis la danse, car la parole d’origine est une danse, et la musique qui l’anime s’entend par tous les pertuis.

C’est par les yeux que surgit ce rêve de danse, et par la bouche, souvent d’effrayants visages.

S’ouvrir à soi — à son invisible feu — revient à desserrer les portes de la danse silencieuse.

Alors le corps-langue chute. Il ne s’effondre pas.

Sa chute est une gigue entêtée qui retourne à l’insaisissable.

Musique!

r.n

 

mutantisme Patch 1.2  Éditions Caméras animales.

Collectif – 324 pages 20€

ISBN : 978-2-9520493-8-2

lien Caméras Animales

 

Article paru dans le N°10 (mai 2016) de la revue l’intranquille.

lien Revue l’intranquille

Chroniques réécrites – Anaérobiose de Mathias Richard – Éditions Le Grand Souffle

Anaérobiose de Mathias Richard – Éditions Le Grand Souffle 

En 2009, j’écrivais à propos d’Anaérobiose, de Mathias Richard, que ce récit était pour moi un texte sensitif par excellence ; un texte cœur, sexe, main, bouche âme et œil tactiles d’un périple en tous sens.

Je n’ai pas changé d’avis. C’est à la fois d’une telle tendresse et d’une telle force, que cet hymne au vivant, le chant ivre de Melrobor-Vampor, se déploie sous les yeux du lecteur à la vitesse de la lumière.

Au fil d’une traversée de l’Europe qui le mènera de Montreuil jusqu’en Turquie, et au gré des rencontres qu’il y fera, c’est dans un langage total en prise directe avec les impacts du réel que le narrateur nous entraîne.

L’écrit sans artifice ni concession dispose en effet du réel sans jamais le trahir, s’approprie du tangible l’infini champ des possibles.

Doté d’une langue pure et insoumise aux fictions des représentations ; d’une langue libre qui ne reconnaît pas d’autre urgence que celle de faire vibrer le corps-verbe, Mathias Richard, retrouve, révèle et rend hommage à l’imperceptible trace de l’âme jusque dans l’asphalte ou nos déchets domestiques.

C’est brut, très beau, et ce n’est peut-être pas non plus tout à fait un hasard si le trajet du voyage passe par la petite ville de Montignac, non loin de Lascaux, ou bien encore que ses compagnons de route d’un moment s’appellent Zach Ovide, dit l’Ogre, Lianh ou bien Annah.

De ce texte ne se dégage donc pas seulement une histoire ou des histoires, mais également la nécessité qu’éprouve l’auteur à évoluer en permanence au delà des mots dans le don pluriel de l’agir, par cet acte sacré qui consiste à joindre l’acte à la parole, mettant en œuvre l’être et le monde dans un rapport essentiel capable de faire naître des lieux et des instants comme autant de sanctuaires qu’une conscience habiterait de sa permanence spirituelle.

R.N

http://www.legrandsouffle.com/en/site-edition/livres/livres-hors-collections/27-romans-recits