Le rêve et les nuits ne suffisent pas

Illustration: numérisation d’un travail d’écriture manuscrite et collage concernant les premières pages de « La conversation a commencé »

« La conversation a commencé »

Extrait

Le rêve et les nuits ne suffisent pas 

Mais l’art et le rêve, le dire, le désir de nos corps-fruits ! 

La propagande numérique,

nos intoxications, la perspective d’une hybridation humaine vers l’humain-machine, le scénario d’une catastrophe écologique planétaire couvé par l’intelligence artificielle, les mystifications bourgeoises sur la tolérance et l’exploitation,

nos crimes,

mes violences

Mais ce bœuf à l’orée,

le dédale des jours,

le soleil,

et les soleils que l’on porte,

la rosée broutée par les chevaux,

le langage des murs,

exister – vide fécond,

l’éclair velours des souris sous l’évier,

et au milieu des prés

où jadis s’abreuvaient les troupeaux,

ces vieilles baignoires émaillées aujourd’hui  couronnées par les ronces et les corbeaux,

nos corps qui ne vieilliront jamais sous les ongles effilés du réel,

et les tempêtes aux vagues blanches et sépia capables de dévorer les plages,

le langage indocile et impur, ses prières et leurs décharges de oui électriques !

              et le désir d’avancer vers la source,

l’extase du geste,

sans devenir le temps,

 juste avant que la main, la trace, les signes, ne soient posés et disparaissent

Écrire ne suffit pas

Mais l’odeur de la terre, de l’humus,

ce que chante l’organe de la forêt, répondant aux chants des animaux et à nos attentions, à nos prières

Mais les nœuds, les nerfs, les stases de nuits d’encre entrelacés par les muscles du langage,

les germes de lumière, que transportent les corps,

ce dont on est fait, qui infiniment se déplie

Et nos embrassements, 

nos tentatives de passages sans cesse répétées, rejouées,

nos échecs,

nos indignations, nos lâchetés,

mais aussi le chant gitan

courant le long de ton dos

jusqu’à ta gorge mon amour

Et sorties de ta chair, Aurélia et Marie,

deux amours, filles du feu, qui convertirent mes peurs,  mes colères,

ce vieux nœud de perceptions

en narration vibratoire du présent

Et la danse de jouir ensemble de nos riens,

de leurs élans,

et de tous les lieux de cette danse immobile

animée par le seul désir de vivre,

main dans la main, les os dans le vide puisque nous sommes et ne sommes pas ce que nous voyons,

murmurant au plaisir, et souriant à ses formes

– corps provisoires – qui recèlent ce qui en naîtra

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Extrait de  » La conversation a commencé »

59 pages – 15 Euros – ISBN 9679-10-96556-90-8

Tarmac Editions

https://www.tarmaceditions.com/