Au matin
les buses et les milans piaulent et huisent
Les fleurs, les saisons
passent et reviennent
et toutes les violences,
et l’usure, l’exploitation,
le mépris, la merde sociale, le viol, l’inceste, la peur,
le contrôle du regard, l’endormissement
– Mais vivre et voir !
Ecouter, murmurer les histoires !
Mais les apparitions, le hasard, le bizarre, l’agir, la pensée, les signes ! la parole,
les corps, cœurs-bouches,
Phé oiseaux !
l’amour, nos amours,
nacres de bave, sueurs, coulées laviques de ciels chargés de Saints cons et de beaux culs,
nos rires sous les frondaisons bleues
avec ce qui se meut, vibre dans le silence,
les propositions d’une langue où dansent le passé
et un futur déjà accompli
Balancement des arbres, de l’âme, ancien du corps –
Avalés par le vide,
nos lieux, nos traces aux cils vibratiles, petit à petit s’effacent,
mais les enfants, musiciens nés,
en reprendront les traits au crayon gras,
avant la disparition du dernier soleil
Dans l’Aleph,
cette spirale de dissémination
- le souffle-mot, né d’une immuable imminence,
né du feu, troue le temps et l’espace
Ainsi,
sur une monodie sacrée
libérés de la matière,
- mots-conques et corps vide,
mots pleins et corps-conque,
le vide avec le geste, tournoyants entre les vivants et les morts -,
des visages naissent de tout visage, des masques de tout masque,
têtes-cœurs de mutation, de vertige et de joie,
et d’invisibles figures de chants,
et des chorégraphies si ansées
si liées, déliées
que la musique bat,
corps et âme saisis par le désir de naître encore
à chaque ascension,
l’amour mû par les pieds
mus par le sol,
et beaucoup – seuls peut-être, mais qu’importe -, parlent et dansent
avec leur âme, devinent et chantent en silence des dimensions ici et ailleurs qui résonnent et nous répondent
C’est ainsi que la conversation peut se poursuivre,
de chuchotements en sourires, du bord de l’abîme,
dans la mémoire de l’univers
Tous ces traits n’appartiennent à personne
mais à la lumière que nous tous savons
Alors
des traits et encore des traits
pour conjurer le droit ou la récompense
pour s’écarter du monde parlé,
et faire corps avec l’insituable présent
Pour personne
ces estafilades
ces coups de couteaux aux fadaises
Le ciel et ses encres éclairent les veines des pierres,
extasient le temps
Inlassablement, répéter l’instant du regard
de la prière, avant la rencontre de la nuit
L’origine est là,
en mémoire,
dans ce que disent les images – toutes, à la fois proches et lointaines-,
dans chaque corps, dans les ruines de chaque trace,
dans les mots invisibles que l’on recouvre d’images
Entrelacement du proche et du lointain
Sur tous les visages
on en distingue toujours les signes
Écrire ne suffit pas
Mais écrire pour dessiner sur le vide,
et poursuivre la conversation,
pour être –
pour ne pas rejoindre le père,
pour s’arrêter d’écrire,
pour plonger dans le vide-source,
les yeux,
le signal [signaux ], dans les ondulations des chevelures de lumière
et la musique,
– en nous tous, mélancolie et consolation chantées –
partout transportée dans la matière qui n’existe pas mais que l’on nomme pourtant et qu’on modèle amoureusement
O amants de la lumière et du nom des choses
les voici glissant dans les rêves, les drapés de chair
et de pierres,
de l’antique graphite,
et toutes les maisons, les têtes,
tous les cœurs,
y compris les cœurs de ceux qui rejettent l’idée de partage,
les couleurs de l’invisible qui en nous
ricochent, et retentissent en bribes d’eau, de terre et de ciels
d’herbes, d’arbres et d’oiseaux-livres, museaux,
nez de nuit de bave et de rosée
sans que les phrases
puissent corrompre ou maudire cet insituable lieu où bifurque la pensée et que le geste aux doigts noirs de carbone effleure
De cet enchevêtrement de silences et de langage,
nos images observées tomberont
inertes en clarté
Accepter le jeu des égos et des luttes
Mais l’air restera rempli des spires de nos traces, et avec l’air
tourneront aussi nos corps jamais nés et qui ne mourront jamais, et leurs peaux – tempéras au blanc et jaune d’œuf
à la substance fibrillaire identique à celle enveloppant tous nos sanctuaires organiques transportant tous les soleils que le soleil nous apporte –
partout déborderont des châssis
filant sans commencement ni fin
suspendues dans le bardo d’une immense clarté
Maintenant, regagner la cellule,
l’atelier,
– une soupente de 10m², plutôt difficile à chauffer mais commode,
et revenir à mes préparatifs
– sept clous de girofle dans un petit bocal qu’il me faudra remplir d’eau à moitié
Sept autres clous de girofle broyés au mortier –
Sous chaque aplat noir, chaque chevelure, la poudre mordorera encore un rien recommençant
C’est ainsi que se parfument mes traces et que
de telle manière
les portraits de Marie et d’Aurélia seront beaux, Ors et parfumés
Tout l’espace est déjà dans cette infusion
Préparer aussi un carton 550g
le coller dès ce soir sur le panneau de bois pour en faire une rivière
Les mots ne m’aident pas,
comme peindre le froid des abattoirs
le sang ne suffit pas
Tout est simultanément sous la Terre verte des arbres,
sous l’encre des racines d’un visage,
sous un danseur une danseuse,
des ciels, une nyctale posée sur la main de Sylvie
une plage
Partout à la fois
nos représentations,
écheveau serré de traces,
dédale de blessures, d’amour, de soleils, de pays, de chants, d’actes et de pensées, jusque dans le ventre des animaux, l’écorce, l’eau, la chair des plantes,
nous disent et nous écoutent
Nul besoin de chercher Tout est déjà là
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