Tristan Felix – en roue libre Editions Tarmac

Vouloir présenter Tristan Felix, c’est un peu comme vouloir expliquer la foudre en boule, le sixième sens ou encore l’esprit des choses.

En revanche, rencontrer l’œuvre de cette lutteuse poétique est chose plus aisée au regard du nombre de ses recueils publiés durant ces vingt dernières années par des structures éditoriales de grande qualité.

Sur la toile, impossible donc de louper Tristan Felix. On a que l’embarras du choix.

Ça c’est pour l’approche. L’intérêt étant bien sûr ensuite d’entrer en contact avec la pensée de cette artiste si singulière et prolifique.

C’est important une rencontre. Parfois, ça change la vie, le sens que l’on donne à l’existence, à la réalité. Lire le recueil « En roue libre » proposé ce mois-ci par les éditions Tarmac est une expérience de cet ordre.

Le livre est composé de douze lettres adressées à différents destinataires : Monsieur Ubu (le système néolibéral), Dieu, Madame la directrice de l’EHPAD Les Diamantines, etc. En lisant ces lettres où l’élégance du style -sa lame tranchante-, n’épargne personne, nous sommes replacés dans une réalité que l’industrie culturelle et informationnelle aimerait tant pouvoir occulter. Une prose érudite, riche et forte nous emporte loin du précipité d’images déversées par les médias, tout en nous rappelant combien la distorsion de la réalité est monnaie courante pour nos dirigeants agioteurs, copains comme cochons avec les agences Moody’s et Fitch, qui nous prient cependant de croire quotidiennement en leurs verbiages économiques, hygiénistes et sécuritaires.

Nous sommes d’abord un peu pris de court puis très vite follement entrainés par la pensée en action de cette écriture ; surpris et grisés par une mélopée où se heurtent et se frottent tristesse, joie, érudition, situations comiques et tragédie dans une profusion de sens.

Dans cet ensemble de lettres donc, il y en a une, très émouvante, adressée à Gove de Crustace, clown avatar de Tristan Felix. La poétesse qui s’adresse à elle-même « l’une mordeuse d’infini, l’autre jugulée par sa propre forme. … /… libre d’inventer son propre chaos » se glisse entre mémoire et présent dans une auto-dérision douce-amère nous laissant deviner l’existence d’une intime et immense douleur. Je crois que l’amour, la réparation, sont partout au travail dans les livres, les incarnations graphiques et le théâtre de Tristan Felix.

Le recueil se clôture sur une lettre adressée au lecteur, possible poète, possible objecteur des formules préétablies du langage de la communication : « C’est un peu à toi que je m’adresse depuis le début, comme à travers une flûte de roseau, la peau d’un tambour ou la paroi d’un gong … /… C’est important un lecteur, même s’il ne joue pas d’un instrument. Du moins fait-il partie de ce grand orchestre dont chaque instrument, comme le gamelan, assure la cohésion circulaire de l’ensemble. De proche en proche les peaux laissent entendre leurs impacts. »

Peut-on imaginer aujourd’hui rencontrer une voix plus belle, plus touchante et envoutante que celle de Tristan Felix ? Je me le demande.

https://www.tarmaceditions.com/en-roue-libre

Format 10 x 15 – Dos carré collé – Papier vergé – 52 pp. 10€

https://www.dailymotion.com/TristanFelix

MUT 1.3 COLLECTIF MUTANTISTE

Quatrième livre collectif des mutantistes.

Dans ce volume, MUT 1.3 – tous les mécanismes for rêveurs sont neuf, comme ils le sont à chaque publication.

Ça danse et chante tous azimuts dans une créativité qui appartient au débordement. Déborder le souci du profit, l’infantilisation, et les fictions médiatiques. Parce que créer c’est aussi mettre en marche le corps sonore et le dire qui en sort. C’est aussi tordre le corps et laisser les grincements se faire entendre. C’est ouvrir le corps et l’esprit à une danse d’insoumission débordant forcément du cadre.

La communication est loin, la littérature pas tant que ça, la musique comme une respiration vitale.

La poésie des mutants est celle du combat. Sonore, vocale, musicale, visuelle – calligraphique – concrète et gestuelle, elle appelle et agit. Elle s’écrit, rit et peste de n’être rien mais d’être forte.  « Ses mots sont animaux »

Cela fait quelques années déjà que leur « machines » proposent de spiraler les mots, les gestes, et toute action pouvant contredire les vieilles rhétoriques sociales et artistiques bourgeoises, c’est-à-dire d’étoiler – de sons, d’énoncés, de danses, d’incantations -, la guérison des cœurs.

Si j’osais, je dirais que la mosaïque de propositions des mutants rappelle – certes à des degrés divers -, les propositions que firent en leur temps, Antonin Artaud, Jean-Luc Godard (pour son travail sur le langage mais qui cependant dut beaucoup au cinéma lettriste pour l’indépendance de l’image et du son), Maggy Mauritz (encore vivante, je crois), Maurice Blanchot, le mouvement anarchiste, l’iconoclaste et inclassable Robert Filliou « Ne rien décider Ne rien choisir Ne rien vouloir Ne rien posséder Conscient de soi Pleinement éveillé TRANQUILLEMENT ASSIS SANS RIEN FAIRE », Guy Debord et Isidore Isou, Roberto Altman ou encore les dadaïstes, les « fluxus » etc. etc. 

Les mutants regardent le ciel, prient l’eau, parlent au soleil et aux étoiles, à l’air, et créent les lieux où ils se manifestent. Ce sont donc des corps qui avalent la musique du vide, font entrer l’air jusque dans l’esprit, que le cœur et le souffle ensuite restitueront en une vibration toute singulière. Ainsi tout le corps (même immobile) utilisera ce souffle – pieds, sternum et sacrum maîtres de la sustentation -, pour dévoiler l’espace, ou sur un autre et très différent plan, fera surgir, par exemple, une « poésie de Fin du Monde » (Machine YS-11) Poésie WTF « what the fuck » en français : « c’est quoi ce bordel » ou encore une « Chorégraphie de citations pansées » (Machine YS-15) : « Se présenter sur scène intégralement recouvert de pansements de toutes les couleurs et de toutes les formes. Le public partiellement attentif, ne sachant pas encore que ces pansements recouvrent des centaines de citations (écrites au Bic, avec un dermographe, ou bien avec un scalpel ou une lame de rasoir) des plus grands textes littéraires contenant des blessures diverses, assistera à une danse-arrachage. En effet, le danseur, en équilibre précaire permanent, retire un à un douloureusement ses pansements, qu’il peut ensuite jeter dans le public. »

Pour moi, l’ensemble des propositions de MUT 1.3 est aussi une « Machine » ou un dispositif propositionnel résultant des interactions neuronales des participants en conscience. Ses circuits interagissant en réseau de connectivités augmentent le risque de désordre, c’est vrai, mais ce faisant, replacent toute la potentialité des corps expérimentés dans l’unité d’une information non localisé leur permettant de rompre dans une furieuse pantomime avec l’enfermement mental des corps et des esprits, appelant ainsi à réinscrire dans le réel chaque acte de sensation en création, chaque expérimentation corporelle et spirituelle dans les parfums du hasard et de l’amour.

Informations sur ce mouvement sur le site de Caméras Animales  https://www.camerasanimales.com/ où l’on trouve un lien vers le blog https://mutantisme.blogspot.com/ ou encore sur ce pdf http://vermifed.com/wp- content/uploads/2020/10/Vermif.Labo_.M.Richard1.pdf et sur bien d’autres sites comme par exemple la revue des ressources https://www.larevuedesressources.org/manifeste-du-mutantisme,1515.html

MUT 1.3 -Editions Caméras Animales. 15 Euros

ISBN :978-2-9559879-1-9

www.camerasanimales.com

Olivier Nebout: une subtile oscillation

La maison est grande. On y accède en franchissant un perron qu’une marquise en fer forgé abrite. Deux molosses aussi imposants que doux accueillent les visiteurs. Leurs aboiements avertissent Olivier et sa compagne, Bénédicte. On pénètre dans la demeure où règne la quiétude des maisons anciennes. Non loin de la cuisine, se trouve une petite pièce dédiée à la peinture, au dessin et à la lecture. C’est là, dans un savant désordre, que peint ou dessine Olivier Nebout les jours de tumultes atmosphériques. Et ce qu’il y peint alors, c’est peut-être d’abord le reflet de son intention qui consiste, j’imagine, à vouloir se confronter au vide, à l’espace et au temps.

J’imagine ainsi l’homme face à la toile. J’imagine que son premier désir de peintre est de trouver sur la surface vierge un point d’appui, c’est-à-dire de permettre à la main (au couteau, au pinceau) – grâce à l’œil –  d’enduire le vide pour ensuite le trouer, puis finalement le rehausser en y introduisant du désordre et en sollicitant très secrètement – j’imagine (mais j’imagine seulement) – quelques intercesseurs d’importance.

La peinture, appliquée par touches de couleurs sur la toile, demandera préalablement à la matière de topographier le visible. Du vide et du plein naitront alors des formes. Un désordre se constituera, un visage (des corps et des choses) ou un paysage en surgira.

En regardant un tableau de l’artiste philosophe, on sent très bien comment la main et l’œil du peintre ont avec persévérance contribué à ce surgissement. Mais ce que la main, l’œil et la peinture font apparaitre sur la trame de lin est autre chose que la réalité.

L’œil, le géomètre, aura dû laisser un peu de place à l’esprit, lequel recherche autre chose que le bornage des apparences.

Ce qui compte alors n’est pas seulement la matière, la matière constituée de pleins et de vides. Ce qui compte dans les tracés de matière et la danse des formes et des couleurs,

c’est ce qui s’y meut et se diffuse; une impondérable présence.

Olivier Nebout, le peintre de la patience, nous a ouvert une fenêtre.

Et cette fenêtre s’ouvre toujours sur une histoire de lumière et de mouvement: les pulsations d’une très vieille mémoire.

Dans la lumière que diffusent les corps et qui semble aussi les traverser, nait l’idée d’un passage vers l’imperceptible.

L’œuvre est réussie si elle plait à l’équilibre du visible et de l’invisible.

On regarde donc par la fenêtre.

Sous le Ciel-Océan de Nogent-le-Roi, dans les champs de la Beauce, dans le portrait de Bénédicte ou encore quelques autoportraits, le désordre s’est agrégé. Le regard glisse et s’attarde sur une œuvre-monde, un espace qui ne nous appartient pas et qui pourtant nous est étrangement familier.

Les tonalités sont à la fois couleurs et musique. La « partition tonale » du Paysage de la Beauce (Craie sur ardoise) est à ce propos assez étonnant.

Les corps et les choses racontent une histoire, ou l’histoire d’une idée tandis que l’esprit, dans les transparences, nimbe l’intangible.

Dans le travail de Olivier Nebout, cet équilibre à l’oscillation subtile semble primordial.

Au fond, la propriété de ce qui dans un tableau est en mouvement tient à des successions de métamorphoses, de contrepoints et d’harmonie. Les couleurs se seront d’abord chevauchées ou contrariées, et leurs plis se seront déchirés puis rejoints, permettant ainsi à l’ensemble de s’accorder.

Fugue des touches successives se plaisant à servir le réel, la matière et l’esprit !

De tout cela, il en résulte une œuvre qui est toujours plus intéressante et étonnante lorsque les toiles sont vues dans leur dimension réelle.

Ici, je ne tente pas l’exercice périlleux d’une « explication » approfondie du plaisir que je ressens, lorsque je laisse divaguer mon esprit devant une toile de l’artiste. Cependant, le j’aime – je n’aime pas cher à Rolland Barthes pourra amplement me suffire pour entamer et entretenir une belle discussion à ce sujet, en ne retenant bien sûr que la première assertion de l’auteur du Degré zéro de l’écriture.

Pour ce qui est du regard des autres, ce qui n’est évidemment pas mon affaire, gageons simplement que de leur point de vue le fameux « j’aime – je n’aime pas » ne sera pas non plus assez satisfaisant pour goûter et apprécier une œuvre aussi délicate.

Peindre, écrire, chanter, jouer, aimer, etc. c’est d’abord vouloir jouer de cette oscillation : être libre de créer, de se réinventer, tout en ayant aussi le courage de se confronter à ce qui semble parfois vouloir contrarier cette joie.

Image d’entête: reproduction d’une huile du peintre: Paysage de la vallée de l’Eure – 2006

pépé vignes, C’est du beau travail !

J’ai eu la chance et le privilège de visionner, avant sa sortie, le film de Philippe Lespinasse « Pépé Vignes, c’est du beau travail ! » qui rend hommage avec tendresse et émotion à Joseph Vignes, dit « Pépé » Vignes, ouvrier, artiste myope autodidacte, farceur, chanteur à tue-tête, et accordéoniste.

Dès les premières minutes, Pépé Vignes, tel un crieur public, annonce joyeusement face caméra que ses dessins et leurs couleurs existent pour « éclairer le monde ». Son visage comme son élocution respire à la fois la bonhomie et l’impertinence. Mais ce n’est ni un clown ni un excentrique qui parle en chantant. Cet homme est un poète.

Pépé Vignes dessine depuis sa plus petite enfance. Peut-être un recours pour mieux surmonter les difficultés de l’existence. Parfois battu par un père tonnelier qui avait le vin mauvais, Pépé Vignes grandit tant bien que mal dans la peau de l’enfant qu’il n’a sans doute jamais voulu cesser d’être, mais toujours en grande compagnie ; la jubilatoire compagnie des vivants.

C’est un très beau portrait qu’il faut regarder, je crois, en se laissant surprendre par la délicatesse du témoignage laissé par cet homme qui regardait le monde de derrière ses lunettes à gros foyers, avec étonnement, comme il le dessinait, le visage  presque collé au support qu’il avait choisi pour y tracer ses motifs préférés.

Le lâcher prise est conseillé.

On pose son cerveau et on demande à l’intellect d’aller prendre l’air.

Bien sûr, les plus férus d’Art brut verront sans doute dans les dessins de cet incroyable et bel humain quelque proximité avec les travaux de Gaston Chaissac ou ceux de Pierre Alain Lucerné, pour leur pratique commune de collecter des matériaux ordinaires nécessaires à l’expression de leur chant, la simplicité de leur narration.

Ils y verront éventuellement comme une fraternité  – mais toute solaire alors, et certes un peu lointaine – avec Antonio Liguabue.

Crayons, feutres, stylos-billes furent les simples outils qui servirent au geste sûr de ce voyant sensible que fut Pépé Vignes. Ainsi naquirent, fusèrent et s’envolèrent les lignes, les contours et les couleurs d’un monde apparemment enfantin qui, si on lui accorde un vrai regard, s’anime aujourd’hui encore précisément dans ce lieu étonnant que forment ses nombreuses et singulières réalisations graphiques où – contre toute attente – le chant de Pépé Vignes voulait peut-être, en débordant du cadre, embrasser le visible et l’invisible, l’essence et l’existence d’une réalité plus mouvante, plus complexe et plurielle qu’il n’y parait.

Sur le métier, sa main voyait, et son esprit dansait !

Bien sûr, tout le monde reconnaîtra les fleurs, les oiseaux de Pépé Vignes, les dents et les écailles de ses longs poissons. Comme on reconnaîtra et entendra les moteurs, les klaxons et les sirènes de ses bateaux, de ses autobus, de ses avions et automobiles aux capots et aux bouchons de radiateur démesurés, tous ou presque ornés de guirlandes, les mêmes que l’on tend à travers les rues lors des fêtes patronales Illibériennes ou d’ailleurs. Mais pourquoi ?   

Parce qu’aux apparences nous préférons le corps des choses, et que nous croyons reconnaître de la réalité que les éléments tangibles fixes ou mouvants, comme ceux que nous-nous inventons ou que nous pouvons nommer. Mais aussi parce qu’intuitivement, nous savons que les apparences ne résultent en rien de la perception mentale que l’on se fait des choses ou des phénomènes, et qu’elles sont en fait les premiers reliefs de la réalité.

Peut-être le sens du « travail » pour Pépé se tenait-il là, dans une sorte d’acceptation de soi et de son destin, admettant à la fois de ne pouvoir rien représenter d’autre de la réalité (elle-même au fond irreprésentable) que la matière de nos fictions communes, mais nous offrant aussi dans la simplicité clairvoyante de ses dessins, et dans la profusion du geste qui les a créés, la présence d’une force instaurant un dialogue entre nous et ce qui dans la nature même des choses nous relie discrètement aux formes de l’ineffable.

Longtemps après avoir regardé ce film, ma mémoire a gardé le crissement des feutres de l’artiste sur le papier, mais aussi le bonheur grave – presque impressionnant – qui saisissait Pépé lorsqu’il poussait une goualante. Dans l’exercice du chant il rejoignait sans doute là – dans une forme d’extase -, l’ordre originaire qu’il aurait peut-être aimé toucher dans ses tableaux.

Oui, un dessin de Pépé Vignes peut nous questionner ou nous faire sourire, comme souvent nous questionne, nous amuse ou nous surprend le simple dire d’un enfant 

Cela dit, autour de ses compositions, dans le fameux cadre en papier Kraft qu’il confectionnait, j’ai vu l’orbe d’un soleil dur, une puissance, honorer les traces d’un émouvant récit.

Il faut remercier Philippe Lespinasse, ce passionné des Arts populaires qui n’en est pas à son premier film sur l’Art brut, pour ce dernier cadeau.

Le réalisateur nous apporte en effet régulièrement la preuve de l’existence d’un peuple constitué de ces hommes et femmes, artistes insolites et souvent remarquables, qui fabriquent, façonnent, chantent et nous interpellent avec une puissance extraordinaire.

Régis NIVELLE

« Je donne tout Jeff Koons, tout Soulages, tout Buren et la collection complète de François Pinault pour le manège de Petit Pierre (Pierre Avezard), ses courroies en chambre à air, ses poulies en bois et ses arbres à cames en fil de fer. » Philippe Lespinasse – VOYAGE : PROMENADES INSOLITES EN FRANCE – https://www.sinemensuel.com/agenda/voyage-promenades-insolites-france/

http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_liste_generique/C_11846_F

« Pépé Vignes, c’est du beau travail ! »

Un film de Philippe Lespinasse – Montage Aurélia Nebout – Mixage Jean-Jacques Vogelbach – Etalonnage Mélody Gottardi

Film produit par la Fabuloserie, à destination d’une exposition qui devrait ouvrir le 12 juin. On pourra y voir les œuvres de Pépé Vignes ainsi que le film. http://www.fabuloserie.com/

Michel SAVATTIER – Une psalmodie du passage

Michel Savattier est un peintre contemporain qui ne peint pas pour se faire voir. Il se meut librement dans son art.

Débarrassé des préoccupations qui encombrent l’esprit, hors de tout intellectualisme, il respire et peint à l’endroit où vibre la lumière primordiale qui sourd du puits de l’être.

Toutes ses créations s’étoilent en vitraux, débouchent sur des aires où, dans des apparences de lavis, des nappes d’ambre ou d’azur, des abrasions de jade ou de jaspe, des écrasements de craie, des stases noires et carminées, des coulées laviques, se libèrent des figures.

Pour mieux dire, j’ai vu et senti dans ses tableaux des âmes observer mon regard. Et je dis que des figures s’y libèrent, parce que j’en ai distingué n’appartenant plus au familier contour d’une image corporelle, mais se diffusant comme un nard subtil parmi les éléments d’un ordre où vibre le silence.

Aucune promesse dans cette peinture pariétale que je ressens pour ma part comme étant au-delà d’une pure perception corticale de l’espace.

Nul départ. Aucun discours. Mais un état des lieux de la condition de l’être qui en a fini avec toute rhétorique, et ne veut qu’être.

Sa peinture est le médium effleurant l’aperçu d’un infini qui appelle, aspire l’être à son parfum.

Même dans ses portraits, la peinture de Michel Savattier témoigne de cette aspiration ou de cet abandon. Le vide est un autre corps ; l’exil, une naissance.

Pas d’épaisseurs, mais des verticalités, des souffles de couleur s’épousant, voilant le vide ; des paysages de lumière que sa peinture aux mille fenêtres médite.

Une plénitude de l’être est peinte, et c’est devant nos yeux que ses perspectives se volatilisent et entrent dans une vacuité sans la nécessité de devoir s’y accomplir.

Cet artiste n’est ni en avance ni en retard. Il est ainsi, dans un renoncement lui permettant de se reconnaitre et de s’entendre. Et s’entendre revient à pénétrer une musique s’unissant aux couleurs des regards et des rencontres qu’elle transporte.

Car ici, l’Entre est à l’œuvre dans une solitude dépassée. Le peintre ouvre et s’ouvre lui-même à la grâce d’une communion chromatique et sensuelle entre la peau et les pigments minéraux utilisés.

Des silhouettes, mais aussi des failles, des tourbillons, des échafaudages ou des jonctions de textures donnent à la profondeur de ses ciels intérieurs une résonance parfaite.

C’est ainsi, dans la peinture de Michel Savattier, que se psalmodie la recherche du passage où nous pressentons que seul l’amour préexiste à la couleur, au geste.

Article paru dans le numéro 21 de la Revue FPM                                               des Editions TARMAC

http://savattier.monsite-orange.fr/

LO MOULIS – Entre ici et là-bas …

NOUS SOMMES DÉFINITIVEMENT ÉPHÉMÈRES  http://lomoulis.net/nous-sommes-definitivement-ephemeres/

Il y a de cela quelques semaines, lorsqu’on ouvrait la page internet du site éditorial des Éditions TARMAC, on était accueilli par une singulière petite vidéo. On pouvait y voir la rame d’une embarcation entamer sans hâte, dans un incessant et silencieux mouvement, la surface des eaux paisibles d’un lac ou d’une rivière.

  Intrigué par ce petit film qui m’évoquais la métaphore Alicienne du miroir, je me décidais à le visionner sur Vimeo en agrandissant la fenêtre pour le lire en plein écran.

Une légende y disait : « Quelque chose déborde, quitte la rive Les chemins les rivières les cheveux Laisse filer une ombre errante, un rêve fou »

C’est ainsi que je découvris les vidéos de Lo Moulis, puis plus loin la présentation de sa recherche plastique sur les pages lomoulis.net/ ou  meme-pas-grave.over-blog.com/

À la lenteur du regard sur le monde que pose l’artiste photographe, vidéaste, céramiste et graveuse, se lient force, finesse, bienveillance et humanité.

Ce regard est un langage ; un Fado.

Il n’y a pas à le commenter parce qu’il n’appelle pas à cela. Il s’agit d’abord d’entendre son propos sensitif, ses émissions émotionnelles ; ce en quoi une telle démarche peut par exemple nous interroger. Pourquoi d’ailleurs toujours commenter ? On essaie au préalable d’entrer en relation avec cette parole silencieuse ou l’on passe son chemin.

Et si on a l’intelligence de s’intéresser un peu aux autres, à ce qu’ils proposent souvent dans un murmure, on envoie en retour des signaux d’amitié, de fraternité pour dire la joie et l’intérêt que l’on éprouve à découvrir leur espace de création, le dire allusif du rêve qui s’y manifeste, la sensation à la fois intranquille et délicieuse des départs qui y sont suggérés. Nul besoin alors de grands mots. Aucune nécessité non plus de devoir comparer ce qui s’y noue ou s’y dénoue à d’autres propositions inscrites dans l’histoire de l’Art.

Pour ma part, j’ai simplement voulu témoigner à propos du travail de cette artiste parce que j’ai aimé me sentir invité par les formes visibles de sa musique intérieure. J’ai aimé être désorienté, dérouté, dans la lecture de ses eaux-fortes où se rencontrent autour des apparitions ou des absences, des temps d’enfances (emportement et innocence) ; où entre l’esprit et les éléments – l’esprit des choses ou des lieux -, entre les allégories et nos histoires, entre la violence et la grâce, entre les apparences et la profondeur, le dialogue entretenu est constant. J’ai également vu un geste s’accorder à une danse des épiphanies dans l’invisible et perpétuel mouvement ; entendu que pour l’artiste dire ne semblait pas essentiel.

Alors je me suis laissé transporter au gré des visions et des paysages inconnus qui transparaissent parfois en surimpression d’un étrange codex. J’ai pris la route que m’ouvrait cette œuvre étonnante, suivi ses tracés sans attendre de savoir si la forme d’une médiation quelconque entre la technique et le chant se révèlerait et installerait une distance.

Tout est juste dans le regard de Lo Moulis ; doux et implacable à la fois.

Elle est l’œil, le point de vue, le labyrinthe, le tracé, le trou, le geste même qui caresse les mythes dont le stuc se défait, et qui se prête au silence jusqu’aux marges des patios, des chambres à ciel ouvert, jusqu’aux ombres verticales qui contestent l’hégémonie de la lumière ; la desquamation lépreuse des murs de la ville surveillée par les chiens.

Dans un monde où l’information et la publicité obturent la parole pour promouvoir la consommation et empoisonner notre noyau de spiritualité, des résiliences éclosent ici et là qui maintiennent ouverts des réseaux d’opposition au consumérisme et à la crétinisation; des lieux où se rencontrent artistes et pratiques artistiques qui permettent de reprendre d’autres narrations, d’autres liturgies.

Il est donc primordial de se faire l’écho de toute tentative œuvrant à la dissémination du rêve, et ce même si nos saluts très confidentiels rendent d’abord hommage aux marges ou aux friches que très humblement mais non sans enthousiasme nous occupons.

 « Nous sommes définitivement éphémères » oui, mais nous voyons dans chaque instant la preuve de notre immortalité. Alors la trace, comme le chant ou la danse épousant les lignes imperceptibles du gouffre et du ciel, nous offre l’issue : la dérive.
Je regarde encore votre Eklinggarh – T’envoie mes prières, te souhaite la lumière et du vent

et dans ma tête des personnes dansent comme des oiseaux

pendant que la mort dont j’ai la garde me soulève l’estomac.

Obrigado Lo Moulis! pour votre fado vagabond, son errance sacrée.

http://lomoulis.net/

http://meme-pas-grave.over-blog.com/

Article paru dans le Numéro 19 de la revue FPM des Éditions Tarmac

Le bruit court que l’homme n’est pas.

 

http://lithoral.fr/polaroid-dessins-a-lencre-de-chine-sur-tirages-polaroid-non-reveles-serie2/

Les coïncidences sont toujours éconduites.

La respiration des arbres, des sons et de la lumière.

Ce fut une pluie d’astéries, ___ mais en juillet de quel monde ?

Les Arbres – l’Herbe – le Vent, le Ciel – l’Eau ; Entête du vide.

Vers quel néant, les mystères ?

Même solitude, même providence ; la soie du silence.

Le bruit court que l’homme n’est pas.

L’agilité, c’est le rêve.

Dormons du sommeil des saules sur les copeaux de bois mort.

Az-zahr et al-kymia qu’un souffle suffit à dire.

Dans les soies que la langue caresse, on cherche, mais sans jamais y parvenir, le déséquilibre des parfums amers.

Entre le nez et un bouquet de menthe, l’espace se vide, le départ est constant.

Nous sommes juste d’aujourd’hui, dans l’absurde et séquentiel agencement des pertes.

Je ne me souviens pas avoir voulu dire autre chose. Je témoigne n’être jamais sorti du labyrinthe.

Une sphinge somnole, ancrée au comptoir du bar de la poste.

R.N

L’étoile du monde

 

« Collage de convalescence » 70 x 50 cm. L’Etoile du monde, en référence à une gravure originale de Onuma Nemon.
« Collage de convalescence » 70 x 50 cm. L’Etoile du monde, en référence à une gravure originale de Onuma Nemon.

 

 

« Amour. tes jambes fleuries de veines. Voilà la forme du vide.

Éclairs.

Chant armé de signes.

Le rêve constitué de ses ruines ne suffit pas. La vie si.

Le regard coud nos corps-fruits à des fuseaux de sang.

L’art et le rêve ne suffisent pas,

la vie si.

Mais l’art et le rêve ! leurs prières, leurs décharges de oui électriques. »

Extrait de SANS CESSE (Suite) – Gilles Venier