V I E – Livre troisième: Division Eidola

« Visiteurs » Image issue d’un travail personnel à l’encre sur polaroid non révélé. r.n– 2013

« Mais tous savent qu’ils sont à porter jusqu’ailleurs notre secret à tous, et qu’à un point ce secret se dansera. » F.R

Nous portons tous la musique de la lumière et de l’air.

Portons et sommes portés par les soleils, l’eau et l’air, la respiration de la Terre, la nuit, l’humus, la sève, le sang, l’encre océane.

Nous savons ce qui glisse sous le mélange des sensations, sous les bruits, les éclairs du sommeil, sous les anorexies, les boulimies, les aveuglements, les ombres, les visions, les voix.

Connaissons que nous sommes, frères et sœurs des animaux, sueurs proches des humus, de la langue des arbres, de l’air, et sensibles à la résonance de leurs peaux. Peau et feu.

Mais nous l’avons oublié.

Avons oublié qu’exister est un choix.

Dans son troisième livre de la série V I E, intitulé Division Eidola, François Richard, lui, s’en souvient.

Et il sait qu’écrire s’est délivrer le chant et la trace de l’œuvre, et se rejoindre où n’existe pas un corps, pas seulement un corps.

Il sait aussi, tout voyageur qu’il est, que les perceptions extrasensorielles ne suffisent pas toujours pour faire partager son expérience.

Difficile, sans parfois dérouter la lectrice ou le lecteur, de se faire aisément comprendre, de délier le dire, d’avancer dans la joie pulvérisant les méandres d’une réalité fictionnelle que contestent également, dans ce récit, les principaux protagonistes au sixième sens extrêmement développé.

Mais comment ou pourquoi écrire sans vouloir survivre, sans dépasser la parole, sans éliminer le lieu de l’écrit, sans se foutre de l’espace et de la forme que cela prendra, sans que son propre corps n’occupe tout le ciel ?

Eh bien le livre sera tout de même cela.

Entrer longtemps dans la zone centrale, le centre névralgique du rythme, comme dans la zone du souffle, dans la seconde aux sept diaphragmes.

Ecrire longtemps, et disparaître dans cette seconde.

Le livre sera épais trois fois, en des centaines de feuilles de mica, parce que le feu contenu est à haute température. Parce que le combat contre les fictions – le temps des luttes – est âpre, mais aussi parce que les laves du rêve sont inarrêtables, et l’alchimiste infatigable.

Mais ce n’est pas le livre en tant que tel qu’il faut lire.

J’ai choisi une manière différente en évacuant, tant que faire se peut, mon brouhaha mental, puis en lisant avec les yeux d’un enfant.

Du livre, j’ai « arraché » les pages qui m’ouvraient des espaces.

Les passages alors saisis comme l’on sait ce qui spirale le vide, et ce fut un plaisir immédiat d’en goûter la luminescence des corps, les impacts des images et des sons.

Compréhension instantanée alors de ce qui se déroule sous nos yeux.

On laisse les yeux appuyés sur les mots en lire les phosphènes.  

Tout ce qui est da(e)nse et ce qui est tu se met à danser.

On danse alors, à force d’arracher. Alors on se dégage du livre, de sa masse. On écoute et habite les secondes du bleu, les émaux des formes d’un émouvant cri muré.

V I E – Division Eidola de François Richard

Troisième livre de la série V I E

ISBN : 978-2-916492-71-1

Prix : 15 €uros

Aux Editions Le Grand Souffle https://www.legrandsouffle-editions.com/

Ÿcra percer à nuit le monde

Et si l’expérience du corps était une mission de l’âme, l’épreuve de l’incarnation dans les fréquences du vide, dans la pratique consciente de plusieurs traversées; d’exister ?

Et si la vie couvait encore un dire inouï des formes natives du visible et du dire, couvait la mort, le corps-rêve à la porte du feu, et que la danse de l’écriture irisait l’errance subtile du graphe qui affleure à la surface du codage serré des lettres de l’illisible, irisait la justesse des tons aux réminiscences parfumées et le rythme du silence, les vibrations entre l’envers et l’avers ?

Et si dès aujourd’hui nous n’avions jamais fini de lire Ÿcra percer à nuit le monde – de recommencer sans cesse à entendre, à respirer et voir ce texte incomparable : tissu mouvant d’une littérature s’accomplissant, détachée de la signification qu’éventuellement on pourrait lui accorder, qui danse et dansera longtemps sous nos yeux, et moi avec …

V I E – Livre second : Ÿcra percer à nuit le monde de François Richard

ISBN : 978-2-916492-68-1

200 pages

Prix : 15€

Editions Le Grand Souffle http://www.legrandsouffle.com/site-edition/edition

Image d’entête – Travail personnel: Acrylique sur toile de 50/80 cm

François Richard – V I E Livre 1 – L’asquatation

François Richard, l’auteur de Vie sans mort, d’Esteria et de Loire sur Tours, nous revient enfin grâce aux éditions Le Grand Souffle avec un texte-danse qui aura habité de ses déflagrations secrètes un trop long silence du poète.

Dans le premier opus de V I E – L’asquatation -, il y a un lieu : le squat Ribardy. Et puis il y a des heures, des jours dont certains sont des ères, et encore d’autres jours-instants aux mille nuits, aux mille paysages où l’errance a le don de ses voix-âmes, des Driades, d’Esther Leastir (la femme cachée), des fleurs, des vents d’encre, des corps – Ors-feux – au don d’ubiquité.

Le verbe y est matière et musique. Sa résonance sacrée est fertile. Le temps est celui des corps sonores de ces adolescents survivants dont les voix vivent et retentissent dans le choix lucide de leur liberté assumée en tant qu’êtres acceptant leur condition. Tous ou presque annoncent une révélation. Un renversement, une fin et un début ; peut-être celui d’un autre monde.

Ils sont là ces enfants d’Orphée à la fois synesthètes, amnésiques et dotés d’une mémoire plus vieille que la mémoire des temps. « ils sont là, Thubald, Thiam le non mort, Suïm, Imogen, Nroil, – Léopar, frère de Carange, et Chriscent (plus loin) -, et Attuen, et Lullia, et Lul etc., extrayant un vaisseau de l’envers de l’air ».

C’est un texte levé, une odyssée, d’où surgissent des légendes, sources originelles enroulées dans un futur déjà réalisé, où le sensible danse avec la création, avec l’imaginaire ; où le langage est capable de questionner le réel ; de redécouvrir et de nommer l’Arbre-Monde.

Il y a là, en mouvement – en inquiétude -, un chant dansé qui propose une traversée des ténèbres qui nous ceignent. Nulles allégories ou imitation dans son tracé, et surtout pas un jeu. Ça passe par les sens du respir et du toucher et par l’expérience du mystère, de la douleur et de la joie; de leur stridulation. Rien d’occulte non plus, mais sans cesse une création dans le creuset du sens.

L’écriture de François Richard est toute empreinte de cette respiration vitale – l’inspir et l’expir dans l’unicité corps et âme d’un temps-corps -, qui nous permet de tenir, de suivre l’étoile et d’aller vers soi. Lire cette respiration, c’est aussi respirer avec ce poète hors norme, le rejoindre dans sa quête, et s’étourdir avec lui dans la danse d’un verbe qui nous appelle à revenir au vivant, à nous retourner, en nous, et à s’unir à la conscience de l’amour.

Un très beau récit initiatique

Livre 1 – l’aquastation – Premier acte du pentaptyque V I E – 186 pages – Editions Le Grand souffle 2021

Prix: 15€

http://www.legrandsouffle.com/site-edition/edition

Image d’entête: travail personnel – les jumeaux plage d’Hendaye. Acrylique sur bois